1. Designers vs ingénieurs

    J’ai trouvé un article très intéressant il y a quelques temps chez Nicolas Nova, qui s’intitule “Lessons from teaching design approaches to engineering students”. J’en profite donc pour vous le partager et vous expliquer un peu ce qui a retenu mon attention.

    Dans cet article, l’auteur nous explique qu’il enseigne les processus de design à des étudiants en école d’ingénieur. Dans le cadre de ces cours, des groupes d’étudiants ont dû mener à bien un projet de conception et ont rencontré un certain nombre de difficultés qui sont d’après l’auteur caractéristiques du monde de l’ingéniérie. Voici les problèmes rencontrés par les étudiants :

    Pas de prise de risque

    Cette absence de prise de risque peut être liée à une peur de l’échec, alors qu’on sait bien que l’échec est très instructif et permet de progresser). Avoir peur de l’échec empêche aussi de tester des solutions plus originales et produit des solutions avec un faible degré d’innovation.

    Une seule façon de concevoir, biais d’implémentation

    Quand ils sont confrontés à un problème, les étudiants investiguent une seule solution, ils n’essayent pas d’explorer des solutions alternatives. Lorsqu’ils sont engagés dans la conception d’une solution, il est quasi impossible de les faire changer de direction. D’après l’auteur, ceci est dû à la difficulté de gérer les incertitudes.

    Pour rencontrer fréquemment ce problème au bureau, je ne peux que confirmer. Pour moi c’est aussi lié à une dissonance cognitive. Lorsque l’on conçoit un objet, on est amené à prendre des décisions. À chaque décision, on met un peu plus le doigt dans l’engrenage de l’escalade d’engagement, ce qui fait qu’il est de plus en plus difficile de changer de direction.

    Je fais aussi un lien avec le problème de la “surcharge fonctionnelle”. On rajoute toujours des fonctionnalités sans jamais en supprimer. La suppression d’une fonctionnalité est vraiment très dure psychologiquement pour les ingénieurs. On en avait besoin, on l’a spécifié, on l’a conçu. Il est difficile d’admettre qu’on ait pu se tromper ou que le contexte ait changé. Est-ce un problème culturel chez les ingénieurs ? Est-ce encore une escalade d’engagement ? Je ne sais pas. Je note juste que la société 37signals a une approche intéressante à ce niveau : ils décident volontairement de limiter le scope fonctionnel de toutes leurs applications, ils essayent d’en faire moins que la concurrence mais en offrant une réalisation plus soignée.

    Ce qui est gênant lorsque l’on est lancés sur les rails d’un processus linéaire de conception, c’est qu’on peut avoir du mal à prendre du recul. Il est par exemple difficile pour un concepteur peu expérimenté d’anticiper la différence entre sa logique de conception et la logique d’utilisation de ses futurs utilisateurs (autrement dit entre la tâche prescrite et la tâche réalisée). Seuls les tests en situation réelle avec des utilisateurs représentatifs permettent de détecter ces différences. Il est donc nécessaire d’adopter une méthode de conception itérative.

    Difficulté d’apprendre par la pratique

    Les ingénieurs auraient besoin de réfléchir avant d’attaquer le prototypage, de planifier, de modéliser sur papier ou sur ordinateur. Pour ce point, j’avoue que je suis assez étonné car dans mon expérience, les étudiants ont plutôt tendance à foncer tête baissée et à développer directement. On essaye alors de les modérer et on leur enseigne de planifier avant de commencer à bricoler. Ceci est probablement dû au point précédent, si les décisions faites à ce moment sont mauvaises, on devra se traîner de mauvaises bases pour le reste du développement de l’application (c’est la dette technique). Si ce sont de bons conseils pour le développement d’un produit, ils le sont probablement moins pour le prototypage.

    La façon naturelle de travailler pour un designer est très différente de celle d’un ingénieur. En effet pour eux il est indispensable de pratiquer pour pouvoir avancer. Il n’y a pas de process de design incluant le prototypage, mais le prototypage EST le process, comme le dit si bien Diego Rodriguez. Le fait de vouloir organiser et séquencer le processus de design leur semble bien trop restrictif.

    En conclusion

    Que faut-il retenir de cet article ? Mon point de vue est qu’il peut être intéressant pour des ingénieurs ou développeurs de réfléchir à leurs méthodes de travail, d’ouvrir leurs chakras et éventuellement de s’inspirer des méthodes des designers. Après tout, la conception est un processus créatif comme un autre. En tant que tel il faut essayer d’implémenter certaines bonnes pratiques qui permettent d’ajuster le tir, comme par exemple le processus itératif de design. Enfin je note pour ma part l’importance de la prise en compte de l’utilisateur. Il ne suffit pas d’anticiper ses besoins, mais il faut vraiment l’impliquer dans le design de la solution.

    Vous avez tout lu jusqu’ici ? C’est très bien ! En récompense, vous avez le droit à une chtite nvidéo stylisée Gangnam.

  2. 9 juillet 2012 — noliv

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  3. Une caméra dans une boîte

    Chez les bubars, on aime bien faire connaître de petites applis sympathiques sur tablettes et smartphones. C’est le cas de la petite appli Cambox.

    cambox

    Cambox est une application qui permet de démocratiser la discipline dite de la “boîte à rythme humaine” ou dans la langue de Justin Bieber “human beatbox”. Pour ceux qui ne connaissent pas, ceci consiste en le fait d’imiter une boîte à rythme avec sa bouche. Cette pratique est plutôt compliquée, ce qui a poussé certains amateurs à s’aider de logiciels d’édition vidéo pour beatboxer, comme par exemple Lasse Gjertsen.

    Cambox fait une seule chose et le fait bien, elle permet pour seulement 79 centimes d’enregistrer de courtes séquences vidéo et de les remixer.

    Comment se servir de cambox 1. l’application vous propose de créer un kit : un écran comprenant 8 boutons. Pour chaque bouton, vous pouvez enregistrer une courte vidéo de vos amis. 2. Une fois créé, vous pouvez jouer avec ce kit et enregistrer une vidéo. 3. Les vidéos créées dont disponibles dans le partage iTunes, mais vous pouvez aussi les partager sur facebook, youtube ou par mail.

    On a aimé

    • La qualité de la réalisation de cette application, vraiment simple et agréable à utiliser.
    • Il est maintenant possible de sauvegarder ses kits et de les partager avec ses amis, ce qui est assez pratique.
    • L’appli est très utile pour détendre l’atmosphère au sein d’un petit groupe, demandez à chacun de faire un son devant la caméra, puis improvisez !

    Peut mieux faire

    • La qualité des vidéos est assez faible et celles-ci sont prises verticalement, or tout le monde sait que les vidéos verticales sailemal.

    En savoir plus

  4. 5 juin 2012 — noliv

    Liens en vrac

    • Mini-guide de l’acheteur sur l’AppStore (fr) sur cuk.ch
      Quelques conseils de bon sens qui reflètent bien mon approche.
      • Teasing de Reeder 3 sur Twitter.
        Une mise à jour majeure de Reeder sort dans quelques jours. Mon lecteur RSS favori semble donc adopter un nouveau geste (dans les listes) qu’on avait pu voir dans l’app Clear qui avait justement fait parler d’elle pour ce type d’innovation.
      • J’ai toujours entendu dire que les conditions financières de Google avec les développeurs Android étaient plus favorables que celles d’Apple. Elles sont en réalité identiques, à 30%. Mais si je me renseignais à ce sujet, c’était surtout pour clarifier la situation sur la TVA. Apple comme Google se chargent de prélever la TVA en plus de leur commission de 30%. Chez Apple, la TVA prélevée pour toute l’Europe est d’un taux luxembourgeois réduit à 10%… chez Google, c’est la TVA du pays de vente qui est prélevée.

  5. 4 juin 2012 — noliv

    Obsolescence Programmée

    L’autre jour, j’ai vu à la télé l’émission “Cash investigation” d’Élise Lucet, dont le sujet était l’obsolescence programmée. Quand on voit à quel point on achète et remplace des gadgets électroniques, ça vaut le coup de réfléchir à ce sujet. Apple, symbole de la consommation à outrance, était la cible principale des “investigations”.

    Malheureusement, j’ai trouvé le sujet très mal traité et les points les plus intéressants n’ont pas été abordés. France 2 fait la pub de son émission en vantant la qualité de l’investigation… qu’elle déception ! L’investigation, c’est donc d’aller devant le campus d’Apple pour micro-trottoirer quelques employés au hasard ?

    L’obsolescence programmée, nous dit l’émission, c’est donc :

    • l’utilisation volontaire de matériaux de piètre qualité et de composants ayant une durée de vie limitée,
    • la conception d’appareils de moins en moins réparables pour provoquer un nouvel achat en cas de panne d’un appareil.

    La difficulté à démonter certains modèles d’iPhone et iPod peut nous rendre soupçonneux quant au deuxième point, mais le premier point implique tout de même une sorte d’auto-sabotage un peu absurde… et une accusation grave.

    Ça m’ennuie un peu de prendre la défense de multinationales qui n’en ont pas vraiment besoin, mais je crois qu’il est trop facile pour France 2 de se s’attirer de la popularité en s’attaquant à des puissants… Je ne résiste donc pas à la tentation de relever la mediocrité de leur travail.

    Les arguments de France 2


    Le netbook HP

    En zappant, j’ai pris l’émission en route directement sur cette scène surréaliste : France 2 fait désosser un netbook par des spécialistes en blouse blanche, ces derniers nous donnent alors leur avis.
    Ils nous montrent que les pièces du netbook sont fixées sur un châssis en plastique et qu’il contient un ventilateur… c’est tout. Ces rapides observations leur permettent de conclure fièrement que le plastique ne tiendra pas deux ans, et que le ventilateur est un type de pièce qui tombe souvent en panne. Mais surtout, ces spécialistes (qui ne sont même pas barbus !) nous prouvent qu’il serait possible de faire autrement puisqu’ils fabriquent justement un ordinateur sans ventilateur avec accès facilité aux pièces : Un joli bébé qui semble faire 8 fois le poids du modèle HP, 15 fois le volume… à vrai dire je me demande même si c’était un ordinateur portable ou fixe.

    Le parpaing conçu par nos experts est sans complexe utilisé comme preuve qu’HP à volontairement choisi des matériaux peu fiables pour construire son minuscule ordinateur bon marché. Des compromis dans le choix des matériaux pour arriver à ce niveau de miniaturisation ? Un éventuel excès d’économies sur la qualité du plastique emoloyé ? Aucune discussion à ce sujet. Juste une attaque gratuite contre HP.

    Les batteries d’iPod / iPhone

    Le choix d’Apple d’intégrer la batterie aux composants internes de l’iPhone (plutôt qu’en module remplaçable) est clairement présenté comme un complot scandaleux à l’encontre des clients. C’est un choix radical et criticable, dommage que les informations soient un peu mélangées car :

    • certains modèles d’iPod et un modèle d’iPhone (le premier, en 2007) sont très complexes à démonter, le remplacement de la batterie est donc très compliqué ou revient cher. Un vrai problème.
    • lorsque le remplacement de batterie se fait relativement facilement (comme sur les modèles actuels d’iPhone), une maintenance à faire tous les deux ou trois ans n’est pas particulièrement problématique.

    Le fait que le changement de batterie sur les deux derniers iPhones puisse se faire aisément en 10 minutes n’est pas mentionné. Au contraire, il est dit qu’Apple change la manière de remplacer la batterie, mais que les bidouilleurs arrivent quand même à s’en sortir pour contourner les nouveaux obstacles… affligeant. Évidemment, aucune discussion sur les raisons possibles de choisir une telle intégration de la batterie… la volonté de nuire à ses clients serait si évidente que ce n’est pas vraiment la peine de réfléchir. L’absurdité du raisonnement ne choque personne.

    Au final, l’iPhone, grâce à se popularité et la stratégie de gamme restreinte d’Apple, est le téléphone le plus réparé. On trouve extrêmement facilement des pièces, la réparation est à la portée de chacun… Ce n’est pas le résultat de la volonté d’Apple mais c’est un fait et c’est tant mieux.

    Siri sur l’iPhone 4

    Il ne s’agit plus d’obsolescence programmée, mais on passe quelques minutes à reprocher à Apple de ne pas avoir offert la fonctionnalité Siri aux possesseurs de l’iPhone 4 lors de la sortie du 4S. On nous rappelle que l’iPhone 4 serait techniquement capable de faire fonctionner Siri, mais on oublie :

    • que Siri est un service en ligne dont la mise à disposition à une base installée de plus de 60 millions de terminaux n’à rien de trivial, nécessite une infrastructure coûteuse et surtout une expertise dont Apple n’à jusqu’à présent pas fait preuve (cf. la fiabilité des services .mac et MobileMe),
    • que la mise en service de Siri sur les seuls iPhone 4S à posé des problèmes de fiabilité à cause du manque de disponibilité des serveurs pour le volume actuel de requêtes, et que de nombreux clients continuent à se plaindre de ce type de problème près de 8 mois après le lancement. Comment considérer qu’Apple aurait été en mesure de faire ce cadeau aux iPhone 4 ?

    Les points que j’aurais aimé voir traités

    Plus difficile de faire des titres racoleurs, mais les sujets intéressants sont pour moi les suivants :

    • Côté acheteurs, l’analyse de notre vulnérabilité à l’obsolescence programmée
      • dispose-t-on de données sur le comportement des acheteurs ayant été victimes de panne prématurée. Restent-ils malgré tout fidèles à la marque ?
      • peut-on estimer à quel point la durabilité d’un produit fait partie des critères de choix du consommateur ?
      • comment peut-on améliorer l’information du consommateur sur la durée de vie des produits dans des domaines qui évoluent aussi vite que ceux des technologies ?
    • Côté entreprises
      • le modèle de vente subventionnée des téléphones par les opérateurs téléphoniques pousse les clients à changer de téléphone tous les deux ans au minimum. N’est-ce pas un piège pour le consommateur le poussant à consommer et à ne pas se soucier de la durabilité de son terminal ?
      • dispose-t-on de statistiques sur les pannes des appareils nous permettant d’identifier quelles entreprises produisent des produits durables ou non, afin de publier un tel classement et influencer l’image de ces marques.
      • faut-il réglementer les conditions de réparation des produits de consommation pour éviter les comportements qui incitent les clients à racheter neuf plutôt que réparer ? Comment mener cette réflexion ?

  6. 27 mai 2012 — noliv

    Liens en vrac

    Reading list, To do… Mon cœur balance… Souvent, je garde pour plus tard les articles qui me semblent les plus intéressants dans mon lecteur RSS. Le risque, c’est de ne jamais revenir les lire… Voici un petit repêchage.

    • Livre technique : Lift Off (en). Shaun Inman à documenté tout le processus de développement de son jeu iOS “Last Rocket” dans ce livre vendu 10$ (ePub sans DRM)… belle démarche et achat tentant.
    • Apps iPad : Brett Terpstra’s iOS text editors roundup (en). Comparaison exhaustive des fonctionnalités des éditeurs de texte sous iOS. On peut être déçu de l’implémentation de certaines fonctionnalités, mais c’est déjà un bon point de départ pour chercher l’éditeur qui convient à ses besoins.
      Assez séduit par le fonctionnement d’Elements, je regrette par exemple l’absence de barre additionnelle de touches pour le clavier : cela rend la saisie de Markdown pénible alors que c’est une fonctionnalité phare de l’application… à n’utiliser que pour du texte simple. Mon choix d’éditeur se porte actuellement sur l’excellent Textastic.
      Cette page est bien connue de tous ceux qui suivent l’actu iOS mais elle reste bien utile à garder sous la main, je la note ici pour ne pas la perdre.
    • Webdesign : How to approach a responsive design (en). Upstatement partage sa première expérience de création d’un site responsive design pour le Boston Globe (via Veerle)
    • Programmation : Building native iOS Apps with RubyMotion (en) Article sur ArsTechnica à propos de RubyMotion. Je ne l’ai pas encore lu mais le langage Ruby est si attirant que je compte bien m’intéresser à cet outil.